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Diffusion
du culte
L'isisme se répand en
Italie dans les ports, ou dans les villes cosmopolites : Pouzzoles,
Ostie, Rome... par les contacts avec le monde grec, puis par les relations
directes avec l'Égypte à l'époque impériale.
Le Latium et la Campanie sont - avec la Vénétie -
les régions qui connaissent le plus grand développement
des pratiques religieuses isiaques.
En Campanie
C'est un culte qui a déjà
subi de nombreuses influences hellénistiques, que les marchands
et les esclaves vont diffuser sur la côte italienne, à Pouzzoles
par exemple, où un sanctuaire est érigé à
la fin du IIème siècle avant J.-C. En Campanie, le culte
isiaque semble s'être inséré dans la vie des cités
proches de la mer sans susciter la défiance que manifesteront de
prime abord les autorités romaines : certains dévots
occupent des positions importantes dans les magistratures de ces villes,
ainsi qu'en atteste l'inscription du fronton du temple d'Isis à
Pompéi, qui commémore la reconstruction
du bâtiment à la suite du tremblement de terre de 62 après
J.-C.:
| " Numerius Popidius Celsinus a
complètement reconstruit, à ses frais, le temple d'Isis,
détruit par un tremblement de terre. Bien qu'il n'ait que six
ans, les décurions, en raison de sa générosité,
l'ont admis dans leur ordre, gratuitement."(CIL, X, 846) |
A Rome
A Rome, la religion isiaque
se répand au Ier siècle avant notre ère ;
si l'on en croit Apulée, elle apparaît sous Sylla. Esclaves,
affranchis, pérégrins, marchands ont sans doute été
les premiers adeptes d'une religion qui va rapidement se diffuser dans
les milieux populaires. Nombreux sont en effet les esclaves d'origine
égyptienne à servir dans la ville, comme en témoignent
les textes littéraires : par exemple, pour Trimalchion, personnage
du Satiricon de Pétrone, rien ne vaut des esclaves alexandrins
pour servir à table… L 'empereur Claude a parmi ses favoris un
affranchi nommé Harpocrate. Les témoignages épigraphiques
montrent que les isiaques de Rome et du Latium portent, presque pour la
moitié d'entre eux, des noms d'origine étrangère.
La proportion est moindre en Campanie.
Les auteurs latins laissent entendre que ce culte attire les femmes, les
demi-mondaines en particulier, avant d'atteindre les femmes d'un niveau
social plus élevé. Ce n'est en effet que plus tardivement,
après une opposition marquée de la noblesse sénatoriale,
que toutes les couches de la société seront touchées,
à partir de la deuxième moitié du IIème
siècle après J.-C.
Attitudes
officielles
La fin de la République
A la fin de la République,
la popularité des dieux égyptiens à Rome est telle
que c'est en vain que le pouvoir politique va essayer de repousser ces
croyances. Cette religion, qui échappe à l'autorité
publique - elle n'est pas officielle - est proche du parti des populares
dont le Sénat se méfie. Dès 59 avant J.-C., la première
mesure d'interdiction frappe les Isiaques, mais la ferveur populaire conduit
à une reconstruction des édifices sacrés :
" Serapem et Isisdem et Arpocratem
et Anubem prohibitos Capitolio Varro commemorat eorumque aras a senatu
deiectas nonnisi per vim popularium restructas. " (Tertullien,
Ad nationes I, 10, 17) .
" Varron rappelle que Sérapis,
Isis, Harpocrate et Anubis furent écartés du Capitole, et
que leurs autels, renversés par le sénat, ne furent relevés
que par la violence du peuple. "
Le nombre d'interdictions successives est le meilleur témoignage
de l'inefficacité des mesures des conservateurs face à la
détermination populaire : 58, 53, 50, 48 avant J.-C. ! Valère-Maxime
raconte même qu'en 50 avant J.-C., le consul doit commencer en personne
la destruction d'un temple :
" L. Aemilius Paulus consul, cum senatus
Isidis et Serapidis fana diruenda censuisset eaque nemo opificium adtingere
auderet, posita praetexta securim arripuit templique eius foribus inflexit.
" (Valère Maxime, I, 3, 4)
" Le consul P. Aemilius Paulus, alors que le sénat avait
décrété la démolition des temples d'lsis et
de Sérapis, et que personne n'osait y porter la main, après
avoir posé sa toge prétexte, s'empara d'une hache et en
frappa les portes du temple. "
En 43 avant J.-C., les triumvirs, Marc-Antoine, Lépide et Octave,
qui ont besoin du soutien populaire, promettent la construction d'un temple
dédié aux dieux égyptiens - promesse jamais
tenue, les données politiques ayant évolué. Mais
le développement du culte est freiné par la haine qu'Octave
éprouve pour Antoine et Cléopâtre. Ceux-ci ont voulu
se présenter comme un nouveau couple divin alliant Occident et
Orient : Cléopâtre-Isis et Antoine-Dionysos-Osiris.
Octave fait interdire en 28 avant J.-C. les lieux de culte à l'intérieur
de l'enceinte sacrée, le pomerium - et les raisons
de cette mesure sont politiques. Cette décision est confirmée
en 21 avant J.-C. par Agrippa, qui repousse ceux-ci à plus d'un
kilomètre de la ville.
Les Julio-Claudiens
Tibère sera le dernier
à essayer de mettre un frein au développement de ces pratiques
religieuses, en 19 après J.-C. (Suétone,
Vies des douze Césars, Tibère, XXXVI) :
" Externas caerimonias, Aegyptios
Iudaicosque ritus compescuit, coactis qui superstitione ea tenebantur
religiosas uestes cum instrumento omni comburere. "
" Il interdit les cérémonies des cultes étrangers,
les rites égyptiens et judaïques, contraignant ceux qui étaient
adonnés à ces superstitions à brûler les habits
ainsi que tous les ornements sacrés. "
Flavius Josèphe (Antiquités Judaïques,
XVIII, 65-80) raconte une histoire scandaleuse répandue à
Rome (un chevalier romain se serait fait passer pour un dieu égyptien,
dans l'ombre propice du sanctuaire d'Isis, pour mieux abuser d'une femme
de l'aristocratie). La véracité de cet épisode est
mise en doute par les historiens modernes, mais ce récit montre
l'inquiétude des mileux officiels face à une religion qui
gagne alors le monde des matrones de bonnes familles : on tente de
jeter le discrédit en insistant sur la dépravation de ces
nouveaux dévots et sur l'immoralité de la nouvelle religion.
A partir de Caligula, aucun empereur ne manifestera plus d'hostilité.
Caligula lui-même montrera son intérêt pour ce culte.
De par son histoire familiale, il se montre favorable à l'Égypte
; il essaie d'établir un pouvoir qui n'est pas sans rappeler la
royauté égyptienne : déifié de son vivant,
il présente par exemple sa sœur comme son épouse. Néron,
élevé par des prêtres et des philosophes d'origine
égyptienne, aussi aurait donné des signes d'intérêt
envers la religion isiaque ; on trouve déjà à
Alexandrie, sous son règne, des monnaies qui représentent
d'un côté Néron et de l'autre Sérapis -
ce qui rapproche l'empereur du modèle des souverains héllénistiques.
Mais il est trop tôt encore pour que ce type de modèle puisse
être officiel à Rome. A la chute des Julio Claudiens, l'éphémère
empereur Othon aurait, selon Suétone, célébré
publiquement les fêtes d'Isis.
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Monnaie romaine, avers et revers ; Alexandrie
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C'est tout aussi publiquement que s'affiche la fonction de
prêtresse d'Isis sur un relief funéraire encore visible sur
un tombeau situé au IVème mille de la via Appia, et qui
date du Ier siècle. A côté d'un couple d'affranchis,
figure, à droite, une certaine Vsia Prima, sac(erdos)
Isidis (CIL VI, 2246) ; outre son titre de prêtresse,
un sistre est représenté à côté d'elle.
Des Flaviens aux Sévères
Les empereurs des dynasties
qui suivront auront envers la religion égyptienne une attitude
plus au moins teintée de sympathie, en fonction de leurs convictions
personnelles et des impératifs politiques. Nombreux sont ceux qui
feront un voyage en Égypte, où ils manifesteront d'ailleurs
localement une piété envers les dieux locaux plus vive que
celle dont ils font preuve… à Rome.
L'histoire de certains est même intimement
liée au culte isiaque. Vespasien est en effet proclamé empereur
à Alexandrie par les légions orientales ; ce sont des
présages et des miracles accomplis lors d'une visite au temple
de Sérapis qui vont lui permettre de légitimer son pouvoir.
L'épisode est rapporté à la fois par Suétone
(Vie
des Douze Césars, Vespasien, VII) et par Tacite (Histoires,
IV, 81 - 82). Plus tard, c'est dans le temple d'Isis à Rome
que Vespasien aurait passé, avec Titus, la nuit qui précède
la cérémonie de son triomphe sur la Judée. Domitien,
qui a échappé à des ennemis en se déguisant
en prêtre d'Isis, reconstruit le temple d'Isis au Champ de Mars,
incendié en 80.
Les convictions personnelles d'Hadrien sont quant à
elles plus difficiles à cerner. En 130 après J.-C., alors
qu'il visite l'Égypte, son favori, Antinoüs, se noie dans
le Nil ; Hadrien en fait une divinité, en Égypte. Son
égyptophilie se manifeste par la construction, dans la villa de
Tibur (Tivoli), d'un monument inspiré par le sanctuaire égyptien
de Canope ; des statues des dieux égyptiens décorent le
pourtour de la pièce d'eau et s'il fit réaliser de nombreuses
statues d'un Antinoüs représenté "à l'égyptienne".
Le monument se prête à de nombreuses interprétations
symboliques, parmi lesquelles celle d'un sanctuaire d'Isis.
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Villa d'Hadrien, Tivoli / Antinoüs
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Si le règne de Commode
est marqué par son goût pour les cultes orientaux, c'est
la dynastie des Sévères qui donnera aux dieux égyptiens
leur reconnaissance officielle. Septime Sévère s'identifie
à Sérapis, et, au début du IIIème siècle,
Caracalla fait construire un temple à ce même dieu sur le
Quirinal, à l'intérieur du pomerium : les dieux
égyptiens deviennent des divinités romaines à part
entière. Le choix du dieu Sérapis n'est pas innocent :
par là même, les empereurs prennent ouvertement pour modèle
des souverains orientaux.
Après cette période d'apogée,
et malgré un retour en faveur sous Dioclétien, le culte
d'Isis et de Sérapis va connaître un lent déclin,
au profit de deux autres religions : celle de Mithra et le christianisme.
Regards
des écrivains
Le spectacle familier
Les dévotions des isiaques font partie de la vie quotidienne des
Romains au point qu'ils en rythment le temps :
" Nuntiat octauam Phariae sua turba
iuuencae. " (Martial, XLVIII,1)
" La troupe de la génisse de Pharos annonce la huitième
heure."
Dans la rue, on jure " par Jupiter ", " par
Hercule ", mais aussi " par Osiris ".
d'une religion... peu recommandable ?
A la fin de la République et au début
de l'Empire, les auteurs romains donnent des cultes égyptiens une
image peu favorable : croyances et pratiques religieuses sont alors
en butte aux sarcasmes et aux moqueries, sauf lorsque les crises politiques
conduisent à considérer les dieux égyptiens comme
une menace. Puis cette hostilité disparaît pour laisser place
à des textes qui montrent que certains écrivains latins
sont pas insensibles à la religion isiaque.
- Accusations
L'accusation d'immoralité et de débauche
est un lieu commun fréquent du rejet d'une religion ressentie
comme étrangère et intrusive. Juvénal attribue
à la déesse le qualificatif de lena, l'entremetteuse :
Isis est la déesse des courtisanes ! Ovide, lui, suggére
que ce qui se passe dans le temple d'Isis n'est guère moral...
Il n'est par ailleurs pas possible de surveiller une jeune femme quand
la ville offre tant de lieu de rencontres :
" Nec tu linigeram fieri quid possit ad Isim
Quaesiveris. " (Ovide, Les amours, II, 2, 25-26)
" Et toi, ne va pas chercher ce qui peut se passer dans le
temple d'Isis, la déesse vêtue de lin."
" Quid faciat custos, cum sint tot in urbe theatra
Cum spectet iunctos illa libenter equos
Cum sedeat Phariae sistris operata iuuencae." (Ovide,
Art d'aimer, III, 633-635)
" Que peut le gardien d'une jeune femme, quand dans Rome il
y a tant de théâtres, quand elle assiste volontiers aux
courses de chars, quand elle fait sonner les sistres de la génisse
de Pharos."
La déesse - ici assimilée à Io - donne elle-même
le mauvais exemple :
" Nec fuge linigerae Memphitica
templa iuuvencae :
Multas illa facit, quod fuit ipsa Iovi. " (Ovide, Art
d'aimer, Livre I, 75-78)
" Et ne fuis pas le temple de la génisse de Memphis,
de lin vêtue : elle engage tant de femmes à être
ce qu'elle-même fut pour Jupiter. "
Par ailleurs, les prêtres isiaques sont présentés
par Juvénal (Satire
VI, 522 - 541) comme des imposteurs qui profitent de la crédulité
des esprits faibles - des femmes en particulier… Comme
souvent très critique, il stigmatise un clergé qui se
moque des dévots, et qui, corrompu et peu sincère, accorde,
au nom d'Osiris, le pardon des fautes en échange " d'une
grosse oie et d'un petit gâteau ".
- Incompréhensions
Certaines pratiques du culte isiaque semblent aux
auteurs latins dénuées de fondement. Les poètes
comprennent mal la chasteté imposée parfois aux femmes,
et ce d'autant plus qu'il s'agit de… leurs conquêtes féminines
(Properce,
Élégies, II, XXXIII, 1- 20). Ovide donne
ironiquement les conseils suivants à la femme qui veut retenir
son amant :
" Saepe nega noctes ;
capitis modo finge dolorem,
Et, modo, quae causas praebeat, Isis erit."
(Les amours, I, 8, 73-74)
" Refuse souvent tes nuits ; tantôt invente des maux
de tête, tantôt Isis sera là, pour te fournir un
prétexte."
Par ailleurs, le culte isiaque déplaît par son côté
exotique, peu conventionnel aux yeux de Romains conservateurs. Il leur
semble accrocheur, expansif, trop voyant avec ses cortèges bruyants
et bigarrés. Les manifestations de piété des isiaques
paraissent excessives, indignes d'un Romain (Valère
Maxime, Paroles et faits mémorables, Livre VII, 3, 8).
Certes, les traditions égyptiennes remontent
à la plus haute antiquité, mais l'idée de rendre
un culte à des animaux est à leurs yeux étonnant
et étrange (Cicéron,
De republica, III, IX, 14) , et la représentation
d'Anubis, dieu à tête de chien, choquante... mais pas pour
tous, ainsi qu'en atteste cet Anubis romain :
Juvénal exerce sa verve satirique (Satire
XV, 5 - 16) en prétendant que les Égyptiens vénèrent
jusqu'au poireau :
" Porrum et caepe nefas uiolare
et frangere morsu.
O sanctas gentes, quibus haec nascuntur in hortis
numina ! "
" C'est un sacrilège de presser sous sa dent le poireau
ou l'oignon. 0 la sainte nation, qui voit ses dieux croître dans
les jardins ! "
Enfin, la doctrine même de l'isisme fait problème,
même si ce n'est que par brèves allusions qu'on l'évoque
: l'espoir d'une immortalité est une pierre d'achoppement. Lucain
met en doute la possibilité d'une résurrection : si l'on
déplore son trépas, Osiris ne peut être un dieu.
Et Ovide affirme que la religion ne peut rien contre la mort :
la piété ne sauve pas et ne donne pas accès à
une vie éternelle - rien d'ailleurs ne le peut... sauf la
poésie.
" Nos in templa tuam Romana accepimus Isim
Semideosque canes et sistra iubentia lustus
Et, quem tu plangens hominem testaris, Osirim." (Lucain,
Bellum civile, VIII, 831-833)
Lucain s'adresse à l'Égypte:
" Nous, dans nos temples romains, nous avons reçu ton
Isis, et tes chiens demi-dieux, et tes sistres invitant aux larmes,
et celui qu'en pleurant tu témoignes n'être qu'un homme,
Osiris."
" Quid uos sacra juvant ? quid nunc
Aegyptia prosunt
Sistra ? Quid in uacuo secubuisse toro ?
[...] Vive pius: moriere pius. " (Ovide, Les amours,
Livre III, 9, 33-34)
" Quel avantage retirez-vous de votre piété
? De quelle utilité vous sont maintenant les sistres égyptiens
? A quoi vous sert de n'avoir admis personne dans votre couche ? Vis
pieusement : tu mourras, si pieux sois-tu. "
- Danger politique
A la fin de la République et au début
de l'Empire, les religions égyptiennes sont englobées
dans la méfiance que suscite l'Égypte : " Le
Tibre et le Nil ne furent jamais amis. ", affirme Properce
(II, 33, 20). Les habitants d'Alexandrie en
particulier sont en butte à des préjugés défavorables
et sont présentés comme des agitateurs fourbes :
" Caesar [...] fallacem gentem semperque alia cogitantem, alia
simulatem bene cognitam habebat." (César, Bellum
Alexandrinum, 24, 1)
" César ne connaissait que trop cette nation perfide, toujours
habile à penser une chose et à en simuler une autre. "
La situation politique n'est pas étrangère
à cette méfiance. Tout d'abord, certains Romains pardonnent
mal aux Égyptiens le meurtre de Pompée qui s'était
réfugié à Alexandrie pour fuir César. Ensuite,
le conflit entre Octave d'une part, Antoine et Cléopâtre
de l'autre, prend une dimension religieuse, et les auteurs augustéens
incitent les Romains à la méfiance envers ces dieux "
ennemis ", " alliés " de Cléopâtre
(Properce,
Élégies, III, XI, 39 - 46). Ovide
résume la situation dans une formule lapidaire dans laquelle
le Capitole et le Canope sont deux lieux qui ont une portée symbolique
religieuse évidente :
" Romanique ducis coniux Aegyptia taedae
Non bene fisa cadet frustraque erit illa minata
Seruitura suo Capitolia nostra Canopo." (Ovide, Métamorphoses,
Livre XV, 826-828)
" Et l'épouse égyptienne d'un général
romain, se fiant, mal à propos, à son mariage, tombera,
et en vain aura menacé d'asservir à son Canope notre Capitole. "
Virgile, de son côté, donne à la bataille d'Actium,
qui vit la défaite d'Antoine et Cléopâtre face à
Octave, une dimension qui dépasse le simple conflit militaire :
ce ne sont plus des hommes, mais des dieux qui sont face à face
(Énéide,
VIII, 696-705).
" Omnigenumque deum monstra et latrator
Anubis
contra Neptunum et Venerem contraque Mineruam
tela tenent. " (Virgile, Énéide,
XIII, 696-706)
" Des monstres divins en tous genres, et Anubis, qui aboie, menacent
de leurs traits Neptune, et Vénus et Minerve."
Plus difficile est la situation de Tacite quand il rapporte, plusieurs
décennies plus tard, les prodiges qui ont accompagné l'accession
au pouvoir de Vespasien : il ne peut nier complètement que le
pouvoir de l'empereur trouve sa légitimité dans l'appui
accordé, en Égypte, par un dieu égyptien, Sérapis
(Tacite,
Histoires, IV, 81 - 82). Mais il a à l'évidence
le souci de minimiser l'importance de ces " miracles " :
il est intéressant de comparer la version qu'il donne des événements
avec celle d'un autre auteur, Suétone (Vie
des Douze Césars, Vespasien, VII).
A une déesse proche et secourable
Dès le début
de notre ère, on commence à trouver trace dans la littérature
latine de la reconnaissance de la fonction protectrice et maternelle d'Isis.
Certes, Ovide est moqueur à l'égard des pratiques isiaques,
mais à deux reprises, dans les Amours et dans les Métamorphoses,
il rédige des prières à Isis : la première
conjure la déesse d'intervenir pour sauver " l'imprudente
Corinne " (Amours,
II, 13), dont les tentatives d'avortement ont mal tourné ;
l'autre présente la supplique d'une mère que l'on veut contraindre
à se débarrasser de l'enfant qu'elle porte en son sein (Métamorphoses,
Iphis, IX, 685 - 701). Isis est présentée alors
comme un déesse tutélaire :
" Dea sum auxiliaris opemque exorata fero.
" (Ovide, Métamorphoses, IX, 699-700)
" Je suis une déesse secourable et j'aide qui me supplie.
"
De même, Stace recommande à la déesse
un " jeune guerrier " qui va prendre son commandement
en Palestine (Stace,
Silves, III, II, 101 - 106).
Deux auteurs qui ne sont pas
d'origine romaine attestent de la diffusion et de l'importance que prennent
les cultes isiaques dans le monde méditérannéen :
Plutarque et Apulée, l'un originaire de Grèce et l'autre
d'Afrique du Nord. C'est dans leurs ouvrages que l'on trouve l'image la
plus favorable de la déesse. Plutarque étudie les légendes
et pratiques égyptiennes à travers le filtre de la mythologie,
voire de la pensée philosophique grecques (Isis
et Osiris, 25) :
" C'est ce que montrera la suite de notre
discours qui s'attachera spécialement à concilier la théologie
des Égyptiens avec la philosophie de Platon. " (Plutarque,
Isis et Osiris, 48, traduction M. Meunier, 1924, G. Trédaniel
éditeur)
" Il faut donc se servir des mythes, non point comme de raisons absolument
probantes, mais pour prendre en chacun les traits de ressemblances qui
se concilient avec notre pensée. " (Plutarque, Isis
et Osiris, 58, traduction M. Meunier)
Le mythe d'Isis et d'Osiris a un sens caché : il révèle
" la connaissance de l'Être premier,
souverain, accessible à la seule intelligence - de l'Être
que la Déesse Isis nous encourage à rechercher auprès
d'elle, car il vit et réside en elle." (Plutarque, Isis
et Osiris, 2, traduction M. Meunier)
Rites, cérémonies, initiation
ont ainsi une explication mystique, que la réflexion philosophique
éclaire et que Plutarque s'efforce de dégager. Il opère
ainsi des parallèles entre la mythologie égyptienne et les
légendes gréco-romaines. Quant à Apulée, qui
consacre à Isis toute la dernière partie des Métamorphoses,
il se montre si laudatif que certains commentateurs se sont demandé
si lui-même n'avait pas été initié aux mystères
d'Isis.
Les critiques romaines à l'égard
des pratiques religieuses d'origine égyptienne vont se faire plus
discrètes au fur et à mesure que le culte s'officialise.
Et lorsqu'elles réapparaissent, la visée n'est plus la même ;
il s'agit alors d' auteurs chrétiens qui luttent contre le paganisme,
et le culte d'Isis et de Sérapis est une de leurs cibles.
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