Chants en l'honneur des vainqueurs des Grands Jeux
: Les Épinicies
Nous possédons encore 14 Olympiques , 12 Pythiques
, 8 Isthmiques et 11 Néméennes ainsi que quelques fragments
et quelques Péans.
Ces Odes triomphales étaient destinées
à célébrer une victoire aux Jeux. Chez Pindare
l'éloge du vainqueur est éclipsé par l'éloge
de sa famille et de sa cité. La fête qui célébrait
le vainqueur était une fête familiale et nationale: elle
devient par le fait même une fête religieuse.
D'une manière générale le poète
évoque le souvenir des ancêtres du vainqueur qui ont pu
s'illustrer aux Jeux , il loue les qualités morales des vainqueurs
. Mais le poème se développe par l'évocation de
récits mythiques, en rapport avec les circonstances. Et ce récit
éclipse parfois le simple éloge du vainqueur.
Un aspect majeur est l'introduction de sentences morales
qui donnent une dignité religieuse à l'hymne. Toute évocation
mythologique est source d'une leçon, comme l'admirable sentence
:
" N'aspire pas, ô mon âme à
la vie immortelle
Mais épuise le champ du possible..." (Pythiques 3,110)
On a souvent souligné le caractère "aristocratique"
des Odes. La pensée de Pindare se fonde sur quelques convictions
très fermes:
- La religion est l'explication de tout :"Pour
moi, il n'est point de merveille qui me paraisse incroyable, quand elle
est l'œuvre des dieux".
- Les dieux gagnent en dignité par rapport à
Homère : ils ont la beauté, la force, l'immortalité,
mais aussi la science de toutes choses. Trois dieux ont ses préférences,
Zeus, le maître de tout, Apollon, le dieu de Delphes, inspirateur
de la poésie, et Héraclès, symbole des vertus athlétiques.
- "Il y a la race des hommes, il y a la race des
dieux. Certes, la même mère (la Terre) a donné souffle
à eux comme à nous; mais ce qui nous sépare, c'est
que la toute puissance leur a été attribuée, l'homme
n'étant que néant." Le bonheur et la continuité
du bonheur dans les familles viennent des dieux. L'homme doit être
mesuré dans tous ses désirs, et garder la conscience de
sa faiblesse.
- Pindare reste enfin fidèle au vieil idéal
de l'"eunomia" = le bon ordre.
Les poèmes illustrent le genre du "lyrisme
choral" : ils étaient faits pour être chantés,
avec accompagnement de musique. Toute la complexité des poèmes
de Pindare vient de cette origine : point de logique ordinaire dans
ces poèmes où le chant vole d'un sujet à l'autre.
Cependant l'ordonnance générale se dégage d'autant
mieux que nous pouvons comprendre les allusions du poète. La
langue du lyrisme choral est le dorien. Sa versification très
complexe est souple et variée. Le mouvement de ses poèmes
semble toujours empreint de majesté.