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Homère

 

Buste d'Homère
Rome, 2ème s.
©[Louvre.edu] Photo B. Oravec

Les Jeux funèbres présentés par Homère au chant XXIII de l’ Iliade n’ont pas de rapport direct avec les Jeux Olympiques. Il aurait été dommage cependant de ne pas présenter largement ce Chant, car c’est encore dans l’œuvre homérique que l’on trouve la plus admirable évocation de la réalité des épreuves. Les autres auteurs, en effet, nous parlent des Jeux, nous présentent des anecdotes ou louent les vainqueurs ; mais on ne saurait trouver de narration plus précise que dans les chants homériques.

Cet épisode de l’ Iliade confirme que les Jeux pouvaient être organisés à différentes occasions : la cérémonie funèbre veut rendre hommage au disparu et les Jeux sont avec les rites du bûcher un éclatant hommage. Par ailleurs on se souviendra que, dans l' Odyssée ,l’épreuve imposée par Pénélope aux prétendants s’apparente à des Jeux, que les prétendants eux-mêmes prennent plaisir au “pseudo-combat” entre Ulysse déguisé en mendiant et Irôs. Alkinoos aussi organise des Jeux (chant VIII, v. 109 et suivants).Mais l’ampleur du récit et la nature des épreuves invitent à étudier avec précision l’épisode de l’Iliade.

 

 
   

Le Chant XXIII de l'Iliade

Après la mort de Patrocle, Achille a tout d'abord tiré vengeance d'Hector. Une fois ce devoir accompli, il veille aux funérailles de son ami et organise de grands Jeux qui préfigurent pour une part les Jeux Olympiques.

Le chant débute par la douleur d’Achille (v.1-107), puis par une invocation à Patrocle.( v.108 à 261). Homère présente ensuite les épreuves des Jeux pour lesquelles Achille propose des prix magnifiques. On trouve les épreuves suivantes :

- la course de chars
- le pugilat
- la lutte
- la course à pied
- le combat
- le lancer du disque
- le tir à l'arc
- le lancer du javelot

On remarque donc que l’épreuve “reine” est celle de la course, c’est aussi l’épreuve la plus noble, réservée aux chefs prestigieux. Les autres épreuves correspondent pour une large part à celles que Pindare déclare avoir été fondées par Héraclès lui-même : la course à pied, la course de char, la lutte, le pugilat, le lancer de javelot, le lancer de disque. On peut donc considérer ces épreuves comme fondamentales.

 

 

 

 

 

 


Texte 1
La course de chars (v.262-650)

texte grec - texte français - bilingue

Texte 2
Le pugilat (v. 651-699)

texte grec - texte français - bilingue

Texte 3
La lutte (v.700-739)

texte grec - texte français - bilingue

Texte 4
La course à pied (v.740-797)

texte grec - texte français - bilingue

Texte 5
Le combat (v.798-825)

texte grec - texte français - bilingue

Texte 6
Le lancer de disque (v.826-849)

texte grec - texte français - bilingue

Texte 7
Le tir à l'arc (v.850-883)

texte grec - texte français - bilingue

Texte 8
Le lancer de javeline (v.884-898)

texte grec - texte français - bilingue

J.L.David
Les funérailles de Patrocle
©[Louvre.edu]
Photo RMN Michèle Bellot
 
   
1. La présentation de l'épreuve de la course de chars est la plus longue. On peut y admirer l’art du poète à nous présenter tantôt le point de vue des coureurs, tantôt celui des spectateurs. La qualité du mouvement, l’art de relever le récit par les péripéties ne voilent pas la signification plus grave qui apparaît et qui concerner la morale des Jeux.

2. La lutte entre Ulysse et Ajax se compose de deux mouvements, l’un s'appuie sur la force pure qui tente de “faire plier” l’adversaire, l’autre montre les lutteurs tenter d’”enlever” l’adversaire pour ensuite le faire basculer. Le récit est sobre, et la description des mouvements assez précise. Chaque héros montre ses qualités propres dans cette lutte.

3. La course à pied voit se lever des concurrents qui ont déjà lutté dans d’autres concours Ulysse et Antiloque. L’humour ne manque pas dans ce récit , lorsque Ajax glisse sur la bouse de bœufs et qu’il comprend que c’est Athéna, la protectrice d’ Ulysse qui l’a fait trébucher. On notera encore une fois l’”intelligence” d’ Ulysse qui court juste dans les traces de son adversaire , et la fine notation du poète lorsqu’il indique que pour rendre de la force à son favori la déesse lui assouplit “ses jambes “ et “ses bras montrant par là une science sûre de l’art de la course.

4. Le combat en armes est plus étonnant, et l’on comprend pourquoi les spectateurs arrêtent très vite le combat. Il a été très controversé et l’ont été jusqu’à dire que les trois derniers récits “rivalisaient d’absurdité et d’obscurité”.Il faut noter cependant que ce n’est pas un combat à mort, mais “au premier sang” comme dans les anciens tournois. Ainsi comprend-on mieux ce que ce type de combat a d’aristocratique. Car il peut devenir mortel - et ce risque lui donne toute sa valeur (1)

5. Le lancer de disque, malgré les nombreux hapax de langue1 ne pose pas de problème majeur. Le récit est sans doute ici plus plat. Mais il prend tout son intérêt par les notations secondaires, l’enthousiasme du public, et les comparaisons qui rappellent sans doute que ces Jeux ont une origine plus “populaire”. MM. Chantraine et Goube notent que ces concours n’appartenaient pas aux épreuves essentielles des Jeux. Le lancer du disque est cependant un des motifs les plus représentés sur les vases ; et, dans la sculpture, il a permis de créer les admirables discoboles que l’on peut voir au Musée des Antiquités de Rome.


   
    Nous remarquerons également quelques différences essentielles entre ces Jeux et ceux organisés à Olympie.

D’une part nous trouvons une différence dans les prix offerts par Achille , “en l’honneur” de son ami disparu. Ces prix n’ont ici rien de symbolique, ils sont même évalués avec une rare précision un trépied qui vaut “douze bœufs” et une femme “estimée quatre bœufs” pour la lutte ; un cratère ciselé en argent, un bœuf gras et un demi-talent d’or pour la course à pied ; un équipement complet pour le combat ; un bloc de fer pour le lancer du disque. C’est d’ailleurs avec avidité que les héros s’emparent du prix et l’emportent ou le font emporter par leurs hommes.

D’autre part il s’agit d’un concours limité à quelques-uns. Le nombre des athlètes est ici de quatre au maximum ; pour les combats, deux hommes seulement concourent. Ils sont considérés comme les “champions” de leur contingent ; et leur valeur n’est guère contestée. Pourtant quelques-uns sont des figures de second plan dans l’Iliade.

Enfin on pourra s’attacher au personnage d’ Achille dans ces extraits. Il est à la fois celui qui suscite les Jeux, qui arbitre, tranche les différents, et récompense chacun selon son mérite. Il fait preuve ici d’une sagesse qu’on ne lui connaît pas toujours.


 
    (1)On trouvera dans l’édition de MM. Chantraine et Goube du chant XXIII de l’Iliade , parue au PUF, une étude très précise de ce texte.

 
       
   

Bibliographie

HOMERE, Iliade, texte établi et traduit par Paul Mazon, Les Belles Lettres
Homère, Iliade, chant XXIII, texte édité et commenté par MM. Chantraine et Goube, PUF

Jacqueline de Romilly, Homère, PUF, 1985, collection Que sais-je? 2218
Pierre Vidal-Naquet, Le monde d'Homère, Perrin, collection tempus, 2002.

Cambiano, G., Devenir homme, dans L'Homme grec, sous la direction de Jean-Pierre Vernant, Seuil, 1993, p. 124 et suivantes.

Site

L' Iliade et l'Odyssée : texte, traduction, commentaires et illustrations sur le site
texteimage.com
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