Bacchus
I. Un mythe grec II. Le culte de Bacchus à Rome
I. Un mythe grec Le mythe d'Ariane
Le thiase : Bacchus découvre Ariane endormie
Prolongements
Voici une séquence destinée à des latinistes de troisième en début d’année scolaire. Elle est née de la conjonction d’un bel automne où les vignes resplendissaient et du thème du "Temps des Livres" de cette année-là dans notre ville : « Pages et cépages ». Belle occasion de lier l’apprentissage à un événement culturel et d’interroger l’héritage gréco-latin au détour du chemin.
Étudier Bacchus permet de distinguer le mythe du rite : les Romains n’ont eu à l’origine aucune attirance pour la mythologie, contrairement aux Grecs, et on peut découvrir en étudiant la légende d’Ariane comment elle permet à des écrivains et des artistes, fortement hellénisés, d’exercer leur virtuosité.
Par ailleurs la religio fondée sur des rites scrupuleux a longtemps résisté à l’externa superstitio et l’étude du culte de Bacchus à Rome permet de mesurer l’évolution du sentiment religieux, et les liens forts qu’entretiennent religion et politique.
Conçue pour faire le point sur la religion romaine, aux carrefours des autres religions, cette séquence entre en résonance avec bien des questions actuelles.
Télécharger l'ensemble de la séquence, le document-élève complet.
Lecture silencieuse par les élèves, puis oralisée par le professeur.
Méthode pour aborder le texte avec prise de notes :
titre du texte, titre de l'œuvre ? hypothèses sur le genre du texte (fable mythologique) et donc le type d'écrit (récit) ; repérage des noms propres et remémoration des éléments connus du mythe (Thésée et le Minotaure, rôle d'Ariane, destin tragique d'Egée) : un seul nom reste énigmatique pour les élèves (Liber) ; repérage des lieux ; traduction de trois phrases simplifiées :
Phrase 1 Theseus in insula Dia Ariadnen dormientem reliquit ; quam Liber amans inde sibi in coniugium abduxit. Phrase 2 Theseus oblitus est uela atra mutare, itaque Aegeus pater eius in mare se praecipitauit. Phrase 3 Ariadnes sororem Phaedram Theseus duxit in coniugium.
Lecture du texte avec la traduction
Lecture de la traduction et vérification des hypothèses de lecture.
Mémorisation de la première phrase simplifiée.
Langue : temps primitifs et 3 radicaux du verbe, morphologie et valeur du parfait actif, participe présent.
Mémorisation du vocabulaire.
Lire les plaintes d'Ariane sur le site " Le Musée vivant de l'Antiquité ".
Objectif : Comparer trois documents antiques sur un même thème : Dionysos découvre Ariane endormie.Supports : - " Dionysos découvre Ariane endormie ", sarcophage (~240 av. J.-C.) conservé au Musée du Louvre.
- Ovide, l'Art d'aimer, XLIII, 529-556.
- Catulle, Poésies, LXIV, 251-262.
Lecture du texte d'Ovide
Lecture silencieuse par les élèves du texte latin (Poésies, LXIV, 251-262) sans la traduction, puis lecture oralisée par le professeur.
Repérage collectif :
la forme du texte (vers, absence de rimes, sonorités) ; les noms propres des vers 251-253 : voici Bacchus avec son thiase, qui vient chercher Ariane (les activités sur le texte d'Hygin permettent aux élèves de comprendre rapidement ce passage) ;- les verbes : une accumulation d'imparfaits à la troisième personne du pluriel (texte descriptif), un seul présent à valeur générale, clé du texte, les participes présents et passés ;
- les répétitions (euhoe, pars, orgia) ;
- les mots-outils.
Travail de traduction par groupes de 2 : le texte est divisé en tranches de deux ou trois vers, réparties entre les groupes. Chaque groupe disposant du vocabulaire nécessaire, doit produire une traduction plausible et la rédiger sur un transparent.
Mise en commun des phrases et discussion sur la validité des traductions proposées.
Lecture de la traduction de G. Lafaye. Commentaire : une vision inquiétante du thiase, agité et sonore, où Catulle semble hésiter, entre fascination et répulsion.
Langue : morphologie et valeur de l'imparfait, mémorisation du vocabulaire.
Commentaire
On peut se demander quel contact, autre que littéraire, Catulle a eu avec le culte de Dionysos, à Rome ou ailleurs. Peut-être, a-t-il pu, au cours de son voyage en Asie dans la cohorte de Memnius, " contempler les figurations somptueuses et troublantes des technites, collèges d'acteurs consacrés au culte de Dionysos " et s'en inspirer pour évoquer le thiase du carmen 64 (J. Granarolo, L'œuvre de Catulle, Catulle et les cultes orientaux, page 53).
En tant que dieu du délire mystique, c'est par le nom Iacchus qu'il le désigne, lorsqu'il vient sauver Ariane avec son thiase de Satyres et de Silènes. Il fait le choix d'un nom rare, qui insiste peut-être sur l'aspect orgiastique de la scène car Iacchos, auquel on identifie parfois Bacchos, est le dieu qui conduit la procession des initiés aux Mystères d'Eleusis. En fait son nom reflète sans doute le cri rituel " Iacche ".La description des Bacchantes est conventionnelle. On retrouve les éléments attendus : l'agitation (alacres, v. 254), les mouvements de tête (capita inflectentes, v. 255), le cri rituel (Euhoe bacchantes, euhoe, v. 255) et le délire furieux (lymphata mente furebant, v. 254).
Composée de façon picturale, par l'anaphore de pars, elle attire successivement l'attention sur une attitude traditionnelle : les unes agitent la pointe de leur thyrse, les autres brandissent les membres d'un animal déchiqueté, les autres ont une ceinture de serpents, les autres portent les corbeilles sacrées. Les deux vers consacrés à ces dernières contiennent les mots caractéristiques des mystères : Orgia est le terme grec désignant les rites secrets dans le culte des religions à mystères, sur lesquels on sait peu de choses, puisqu'ils n'étaient connus que des initiés, les mystes. Catulle renforce cet aspect secret par l'épithète obscura, la reprise d'orgia au début du deuxième vers et l'adverbe frustra qui souligne la vanité des efforts des profanes. De plus il enchâsse le terme cistis au cœur de ces orgia dont ils sont le symbole : ces corbeilles contenaient les objets sacrés et secrets, servant au rituel.
Les quatre derniers vers sont tout entiers consacrés à la musique sacrée, mêlant les sonorités variées des instruments rituels : aux sons des cymbales et du tambourin se mêlent les rauques mugissements des cornes et le son strident de la flûte barbare. La musique -horribili cantu- donne accès aux mystères, par le frisson sacré, l'horror sacratus.
Le rôle de la musique et de la danse dans le thiase - on peut le voir dans l'iconographie antique (le sarcophage précédemment étudié), mais aussi dans l'iconographie moderne (le tableau de Titien : "Bacchus et Ariane").
On peut mettre en sons, voire en scène le thiase de Catulle.
Synthèse
Un thème pictural et littéraire, une pratique religieuse " orgia ".
Mythologie
Le site TexteImage (ou le cédérom "Les Métamorphoses d'Ovide" des Éditions Cadmos) offre un dictionnaire de la mythologie de la Grèce et de Rome, présentant les dieux, les héros de la mythologie et les interprétations artistiques que les mythes ont suscitées. Une fiche guide l'élève dans l'observation et l'analyse de chaque œuvre. Les détails indexés sont autant d'aides à la lecture.
Ariane, l'abandonnée
Le site Langues anciennes de l'académie de Nancy-Metz propose une étude sur Ariane : " Ariane de Catulle - Figures d'Ariane, de l'image pathétique à celle de l'extase ", complétée par des dossiers iconographiques très complets : Ariane et Thésée, Ariane et Dionysos, etc.
Adresse : http://www.ac-nancy-metz.fr/enseign/lettres/LanguesAnciennes/Menu.htm
Mosaïques tunisiennes
Le site officiel de la Tunisie propose trois reproductions de mosaïques consacrées à Dionysos, conservées dans les musées d'El Jem, de Sousse, du Bardo.
Adresse : http://www.tunisiaonline.com/mosaics/