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Comment donner tout le pouvoir aux citoyens ? En théorie, le
mode de gouvernement le plus démocratique
possible est celui de l'assemblée générale
permanente parce qu'il exclut les intermédiaires, présente
l'avantage de réunir l'ensemble du demos et permet
à chaque voix de se faire entendre, par la prise de parole
ou la main levée. L'entreprise n'est peut-être pas
aussi utopique qu'on pourrait le penser mais présente un
certain nombre de difficultés :
Comment réunir tout le monde ? Est-il possible de consulter
l'ensemble des individus pour chaque décision à
prendre ? Est-on certain que chacun souhaitera exercer ses droits
? Qui convoque l'assemblée, prépare l'ordre du jour,
contrôle les accès, assure la régularité
des débats, comptabilise les votes, rédige les comptes
rendus ?
Comment
appliquer les décisions ? En admettant que l'assemblée
nomme directement les magistrats chargés de faire appliquer
les décrets votés, qui les leur transmet, qui contrôle
leur travail ? Qui rédige les propositions, publie les
décrets ? Qui relève les infractions, qui les juge
?
Comment
garantir la pérennité des institutions ? Ne faut-il
pas envisager de protéger le peuple contre la brutalité
potentielle de ses propres décisions ? Comment éviter
les votes contradictoires et assurer la cohérence et la
stabilité du gouvernement de la cité ? Une foule
assemblée est aisément manipulable et l'histoire
a montré que la volonté populaire pouvait porter
au pouvoir des dictatures et engendrer des régimes totalitaires.
Quel garde-fou peut empêcher la démocratie de se
suicider ?
Comment
éviter la spécialisation du monde politique ? Les
contraintes matérielles semblent nécessiter l'existence
d'une administration, composée d'un petit nombre d'hommes
chargés de travailler pour la collectivité. Mais
si, par souci d'efficacité, on transfère une partie
des pouvoirs du peuple à un "bureau politique",
celui-ci ne sera-t-il pas mécaniquement conduit à
assurer de plus en plus la réalité du pouvoir ?
Et la création de corps spécialisés ne conduit-elle
pas à la professionnalisation du corps politique, idée
difficilement compatible avec celle de "démo-cratie"
? Pour la défense et la stabilité des institutions,
la plupart des démocraties modernes ont opté pour
la mise en place de "sénats" ou "conseil
constitutionnels" ayant un devoir de vigilance et de conservation.
Se pose alors de problème de la composition de ces conseils
des sages. S'il s'agit d'une élite éclairée
chargée de surveiller et de tempérer les excès
de la foule, n'aura-t-elle pas une tendance naturelle à
l'immobilisme et ne risque-telle pas de s'opposer systématiquement
aux propositions les plus novatrices ?
Les Athéniens, en inventant la démocratie,
ont découvert en même temps la science politique.
Ils n'étaient pas sans repère car l'histoire récente
de leur cité et la connaissance des régimes de leurs
voisins leur avaient appris les réalités du fonctionnement
du pouvoir. Le système qu'ils ont imaginé et qui
va fonctionner pendant plus de 150 ans repose sur le fonctionnement
de trois assemblées et la désignation de magistrats
:
L'Ecclesia,
Assemblée du peuple réunit tous les citoyens. Elle
est souveraine.
La Boulè,
Conseil composé de 500 membres tirés au sort pour
une année prépare les réunions de l'Ecclesia,
contrôle la régularité de son fonctionnement
et met en œuvre ses décisions.
L'Héliée,
tribunal du peuple composé de 6000 citoyens tirés
au sort, assure le fonctionnement de la justice, pour le public
comme pour le privé.
Les magistrats,
de leur coté, sont chargés de l'application de la
loi.
Cette délimitation apparaît clairement
dans un extrait du Contre
Aristogiton
de Démosthène.
On voit que dans les trois assemblées, personne
n'est élu. A l'exception des stratèges
et de quelques autres fonctions spécifiques, il en va de
même pour les magistrats, fonctionnaires chargés
d'appliquer la loi. L'intention est manifeste : il s'agit d'empêcher
la formation d'une élite politique, au risque parfois de
confier les affaires de la cité à des incompétents.
C'est particulièrement vrai dans le cas de la Boulè.
Moins nombreux que ceux qui assistent à l'Assemblée,
ses membres sont cependant des citoyens comme les autres, la seule
sagesse particulière dont ils disposent tenant à
leur âge -plus de 30 ans-. La répartition des compétences
entre les assemblées est également intéressante.
Il ne s'agit pas ici d'une séparation des pouvoirs entre
l'exécutif, le législatif et le judiciaire, l'Assemblée
du peuple cumulant les trois, mais plutôt d'une répartition
des rôles. A l'Ecclesia les débats et les
votes. A la Boulè l'organisation et la mise en œuvre.
A l'Héliée l'application des sanctions.
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