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LES AMAZONES
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Études iconographiques - Les Amazones dans les enluminures de la BNF -

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Avec leur aimable autorisation

TRIOMPHE Robert, Le lion, la vierge et le miel
Collection "Vérité des Mythes", Les Belles Lettres, 1989

 
p. 82

Robert Triomphe cherche à montrer, à travers cette étude, comment "la matière du monde... pénètre la structure des mythes et inspire l'imagination humaine". Son travail qui porte sur les "seuils" ("seuil quotidien de l'aube, seuil annuel du solstice, et seuils humains de la naissance, du mariage et de la mort") rencontre à plusieurs reprises les Amazones.

Ainsi dans deux passages de son livre, M. Triomphe rappelle l'importance de deux éléments significatifs :
- La hache labrys - On la trouve comme motif auprès de Thésée, d'Héraclès et des Amazones. Il pourrait s'agir d'un symbole de fécondité attaché à Zeus et rattaché aux Amazones par l'intermédiaire d 'Héraclès.
- La danse des Amazones autour de l'arbre sacré qui trouve son parallèle avec la danse des Courètes pour Artémis.

Puis il consacre aux Amazones un chapitre entier intitulé : "Les seins et la ceinture des Amazones" (p. 291 et suivantes)

   
"Tous les chemins d'Artémis mènent à Ephèse" .
M. Triomphe déclare cependant qu'il va limiter sa réflexion au mythe des Amazones et donc qu'il va étudier trois "motifs" iconographiques : l'abeille, la ceinture et les seins.
  p. 292-294

Les Amazones

"Les fondatrices du temple et les premières servantes du culte sont (disait-on) les Amazones."...
L'auteur revient sur les images traditionnelles des Amazones, mais pour noter que leurs moeurs traduisent "l'alliance de la virginité et de la guerre qu'on retrouve, personnalisée et divine, chez Athéna." Il estime alors que les Amazones ne nous conduisent pas hors des frontières, mais sur "des seuils dangereux, quoique dûment contrôlés, des contraires qui sont la loi du monde." Pour lui, elles doivent être mises en relation avec les autres exemples d'alliance entre le masculin et le féminin, comme les mythes de l'Androgyne.

  p. 295-296

Les seins

L'auteur rappelle les diverses images de ce dévoilement et ainsi que les interprétations que l'on en a donné : en premier lieu ce dévoilement n'apparaît que tardivement dans l'iconographie, issu du mouvement de la draperie lors des combats ; puis il semble lié aux développements que les mythographes ont imaginés sur le tir à l'arc, élément pourtant secondaire ; enfin certains de ces développements se veulent explicatifs et prennent pour origine même le jeu étymologique sur le nom des Amazones.
M. Triomphe reprend alors tout ce que les anciens ont écrit sur le sein des Amazones et insiste sur les représentations où elles sont comparables aux jeunes filles spartiates en train de courir. Il voit alors dans l'ensemble des éléments sur le dévoilement du sein, le symbole "d'un seuil où la nubilité qui se manifeste attend la révélation finale de la fécondité consacrée par le mariage".
... " Avec la demi-nudité rituelle de leur poitrine et leur virginité guerrière séduisante, mais rebelle à la finalité normale du mariage, les Amazones perpétuent le rite en l'immobilisant, en le figeant dans son archaïsme..."

  p. 297-298

La ceinture virginale.

"A côté des seins, un autre motif symbolique permettait à l'étymologie populaire de jouer avec le nom des Amazones et d'y découvrir pas une privation ou une absence mais une présence significative." L'Amazone se conçoit avec une ceinture.
M. Triomphe rappelle alors toutes les valeurs "symboliques" de la ceinture : on la dénoue lors du mariage ; mais l'homme qui perd son baudrier conclut des "noces avec la mort".

Autant de "seuils"...

  Devambez, p. 637

Le mérite de M. Triomphe est sans doute de nous rappeler qu'il ne saurait y avoir de motif gratuit dans la création légendaire ou mythique. L'interprétation sociologique et politique qui a été constuite notamment par les Athéniens après les guerres médiques ne saurait être la seule explication à l'ensemble des "caractéristiques" qui s'attachent aux Amazones en les définissant..
Il semble cependant qu'il faille aussi intégrer une dimension historique : la légende semble se nourrir d'elle-même et on aurait bien des difficultés à déterminer le caractère "premier" de quelque élément.
On lira donc en parallèle avec le plus grand intérêt l'article de P. Devambez dans le Lexicon Iconographicum : il révèle en effet que dans la création des motifs les éléments ne sont pas des données premières et il précise l'influence que la littérature peut avoir eue sur la création plastique.