"Les événements qui suivent n'ont
plus Corinthe pour théâtre. Le héros, souillé
du meurtre involontaire de son frère, s'était retiré
auprès du roi de Tirynthe qui le purifia, mais se vit bientôt
contraint de l'exiler. L'histoire de Bellérophon chez Prœtos
est celle de Pélée chez Acastos. Ici, nous n'avons heureusement
qu'à résumer le récit développé du sixième
chant de l'Iliade. Le héros corinthien à qui les dieux
avaient donné à la fois le courage et la beauté
enflamme d'un coupable amour la femme de son hôte, Antéia
ou Sthénéboïa ; mais il reste insensible à
ses séductions. Pour se venger de ses dédains, celle-ci
va trouver son mari. " Meurs. Prœtos! dit-elle, ou fais périr
Bellérophon qui a voulu s'unir d'amour avec moi, bien que je
ne le voulusse pas." Prœtos indigné, se refuse cependant
à répandre lui-même le sang de l'homme qu'il a
accueilli sous son toit, mais il trace sur une tablette des signes de
mort et charge Bellérophon de porter ce message en Lycie au père
d'Antéia qui exécutera sa vengeance. Le héros,
arrivé au bord du Xanthos, est accueilli magnifiquement et fèté
pendant neuf jours par le roi Iobatès. A la dixième aurore,
il montre enfin son message. Le roi, croyant l'envoyer à la mort,
lui impose alors une série d'épreuves qui rappellent
celles auxquelles Eurysthée soumet Hercule.
Le premier ennemi qu'il a à combattre est la Chimère "monstre
de race divine, à la tête de lion, au corps de chèvre,
à la queue de serpent, et dont la gueule vomit des flammes terribles
et étincelantes". Le héros l'extermina, nous dit
simplement le poète homérique, en obéissant aux
signes favorables que lui donnèrent les dieux....
Bellérophon extermine ensuite la peuplade sauvage des
Solymes ; comme Hercule et Thésée, il met en fuite et
détruit les Amazones..."
P. Decharme, Mythologie grecque, Garnier, 1929