Le
carmen
64, centré autour des noces de la déesse Thétis
et du mortel Pélée, reprend à trois reprises le
motif de l'âge d'or : dans les préparatifs de la noce,
dans la fête elle-même, et dans une vision en quelque sorte
rétrospective de ce qu'aura été cette fête
par opposition aux malheurs du présent.
L'épithalame est en principe
la peinture d'un moment de bonheur. Le cheminement vers la fête
est une sorte de suspension du temps qui ramène les conditions
du bonheur originel (vers 38-42) ; la fête elle-même est
décrite comme une alliance des dieux et des hommes ; et le mariage
aura un avenir heureux puisque naîtra de cette union un héros
d'exception, Achille.
Mais ce bonheur est entremêlé
de menaces :
la naissance de l'amour repose sur une trangression : l'expédition
des Argonautes qui a permis la rencontre de Pélée avec
la Néréide a regroupé la fine fleur des héros
pour réparer un méfait, mais l'expédition se termine
en catastrophe : le premier voyage en mer est un thème qui symbolisera
dans la poésie latine la première rupture avec le bonheur
de l'âge de Saturne, les rostres des navires ressemblant en cela
au soc de la charrue. Motif présent chez Aratos.
la tapisserie qui orne le lit nuptial décrit l'ambivalence de
l'amour : l'abandon
d'Ariane par Thésée, qui amène la fille de
Minos à maudire une autre expédition marine censée
pourtant réparer l'injustice faite aux Athéniens.
Mais la présence conjointe,
sur la tapisserie, du cortège de Dionysos rédempteur montre
qu'un autre amour est possible pour l'éternité, scellé
par un vrai pacte. Catulle reprend le thème dans le bref Carmen
109. L'idée que l'amour dans son absolue plénitude
et sa fidélité est une forme d'âge d'or apparaissait
déjà chez Théocrite.
On a pu faire l'hypothèse d'une adhésion du poète
aux mystères dionysiaques, mais le thème est conventionnel.
L''idée d'un bonheur perdu
et annoncé (Ariane abandonnée, mais épousée
à jamais par Dionysos) et celle d'un bonheur présent dans
la noce sont en tout cas liées à la thématique
de l'âge d'or (v. 269-299).
Enfin, si les dieux de l'Olympe participent à la joie du mariage,
l'absence d'Apollon et d'Artémis annoncent la catastrophe prédite
par les Parques : des joies de l'amour naîtra Achille, au destin
exceptionnel sans doute, mais qui mourra au cours d'une troisième
expédition maritime faite pour punir la race des Pélopides.
Assez ironiquement, l'avenir radieux
de l'amour est annoncé par les Parques. On retrouvera une variation
sur ce thème chez Navagero.
La conclusion du poème oppose
le moment d'union avec les dieux, reprenant une dernière fois
le motif hésiodique (v. 383-393), à l'entrée dans
la guerre et à la perte des valeurs.
Catulle
reprend le mythe grec moins pour en faire une version romaine qui serait
simple réécriture formelle que pour le réactualiser
et exprimer à travers lui l'inquiétude de cette génération
qui précède la guerre civile. Il représente un
moment-clé avant la reprise du motif de l'âge d'or par
les poètes augustéens.
Références :
J.-P. Brisson, Rome et l'âge d'or, de Catulle à Ovide,
éd la Découverte, 1992, chap. 2 et 3, p. 25-58.
J. Fabre-Serris, Mythologie et littérature à Rome...,
Payot, 1998, p. 28-29.