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 Le Mythe de l'âge d'or 
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Catulle et l'âge d'or

Le mariage de Thétis et Pélée : moment de grâce avant la chute

Bartolomeo di Giovanni
Les Noces de Thétis et de Pélée
panneau 42,5 cm x 150,5 cm
[louvre.edu], photo Erich Lessing

      Le carmen 64, centré autour des noces de la déesse Thétis et du mortel Pélée, reprend à trois reprises le motif de l'âge d'or : dans les préparatifs de la noce, dans la fête elle-même, et dans une vision en quelque sorte rétrospective de ce qu'aura été cette fête par opposition aux malheurs du présent.
      L'épithalame est en principe la peinture d'un moment de bonheur. Le cheminement vers la fête est une sorte de suspension du temps qui ramène les conditions du bonheur originel (vers 38-42) ; la fête elle-même est décrite comme une alliance des dieux et des hommes ; et le mariage aura un avenir heureux puisque naîtra de cette union un héros d'exception, Achille.
       Mais ce bonheur est entremêlé de menaces :

la naissance de l'amour repose sur une trangression : l'expédition des Argonautes qui a permis la rencontre de Pélée avec la Néréide a regroupé la fine fleur des héros pour réparer un méfait, mais l'expédition se termine en catastrophe : le premier voyage en mer est un thème qui symbolisera dans la poésie latine la première rupture avec le bonheur de l'âge de Saturne, les rostres des navires ressemblant en cela au soc de la charrue. Motif présent chez Aratos.

la tapisserie qui orne le lit nuptial décrit l'ambivalence de l'amour : l'abandon d'Ariane par Thésée, qui amène la fille de Minos à maudire une autre expédition marine censée pourtant réparer l'injustice faite aux Athéniens.
      Mais la présence conjointe, sur la tapisserie, du cortège de Dionysos rédempteur montre qu'un autre amour est possible pour l'éternité, scellé par un vrai pacte. Catulle reprend le thème dans le bref Carmen 109. L'idée que l'amour dans son absolue plénitude et sa fidélité est une forme d'âge d'or apparaissait déjà chez Théocrite. On a pu faire l'hypothèse d'une adhésion du poète aux mystères dionysiaques, mais le thème est conventionnel.
      L''idée d'un bonheur perdu et annoncé (Ariane abandonnée, mais épousée à jamais par Dionysos) et celle d'un bonheur présent dans la noce sont en tout cas liées à la thématique de l'âge d'or (v. 269-299).

Enfin, si les dieux de l'Olympe participent à la joie du mariage, l'absence d'Apollon et d'Artémis annoncent la catastrophe prédite par les Parques : des joies de l'amour naîtra Achille, au destin exceptionnel sans doute, mais qui mourra au cours d'une troisième expédition maritime faite pour punir la race des Pélopides.
      Assez ironiquement, l'avenir radieux de l'amour est annoncé par les Parques. On retrouvera une variation sur ce thème chez Navagero.
      La conclusion du poème oppose le moment d'union avec les dieux, reprenant une dernière fois le motif hésiodique (v. 383-393), à l'entrée dans la guerre et à la perte des valeurs.

      Catulle reprend le mythe grec moins pour en faire une version romaine qui serait simple réécriture formelle que pour le réactualiser et exprimer à travers lui l'inquiétude de cette génération qui précède la guerre civile. Il représente un moment-clé avant la reprise du motif de l'âge d'or par les poètes augustéens.


Références :
J.-P. Brisson, Rome et l'âge d'or, de Catulle à Ovide, éd la Découverte, 1992, chap. 2 et 3, p. 25-58.
J. Fabre-Serris, Mythologie et littérature à Rome..., Payot, 1998, p. 28-29.


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